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Exposition passée

Bruissements de graines

Œuvres récentes — Verónica Riedel · Du 2 avril au 2 mai 2025

« Certains racontent qu’après la disparition de la plupart des animaux, après que la vie végétale se soit réduite au mycélium, aux lichens et à la mousse; après que la terre se soit séchée et que plus une seule goutte de pluie ne soit plus tombée du ciel… S’est installé un grand silence. Le temps a disparu, quand les cris, les chants, et les bourdonnements même, se sont évanouis dans les vibrations de l’espace… Une nuit, cependant, comme la seule microscopique lueur d’espoir, une gouttelette est apparue à la surface. D’où venait-elle ? Comment a-t-elle pu comprendre qu’elle était nécessaire ? Comment la vapeur a pu encore, en ces temps sans rythme, se condenser ? Elle traversa vite la terre égratignée. Et alors, tout en profondeur, on aurait pu entendre des bruissements. Presque imperceptibles… mais qui y avait-il pour les entendre? Ils étaient pourtant bien là, et ont voyagé des années lumière durant, sont arrivés à nous comme des échos. Ces bruissements, semble-t-il, étaient ceux des graines, qui, au contact de cette unique gouttelette, sont revenues à elles-mêmes. Du fond de leurs entrailles, par leurs entailles, elles ont compris – sagesse ancestrale – qu’une nouvelle ère était sur le point d’éclore…

En 2025, depuis le Guatemala, l’œuvre de Verónica Riedel nous raconte cette histoire. Elle nous parle peut-être d’un passé révolu, ou d’un futur où verront le jour de nouvelles mythologies. Ce corps de travail est plus que de l’art : il s’agit de la préservation des graines, qui ne sont autre que la vie.

Certaines femmes, en Afrique, en Méso-Amérique, en Amazonie, ont déjà compris celà : elles sont, sans se concerter, en train d’établir une graineterie pour que l’humanité, la flore et la faune puissent se perpétuer au cœur d’un avenir incertain. Ces graines gardent la mémoire de leurs propres généalogies génétiques : elles sont source d’énergie.

Verónica Riedel collabore aussi bien avec l’intelligence artificielle qu’avec l’ancestralité maya. Ses pièces, surgies de son imagination, pensées en dialogue avec des scientifiques, sont générées par l’IA et élaborées avec l’aide de mains artisanes. Elles sont faites de peau d’ananas, de peau de champignons, de biocuirs d’origines diverses; elles contiennent, en leur sein, une infinité d’informations biologiques : herbes médicinales, bougainvilliers, achiote, fleur d’hibiscus, laurier, cacao, café… Des plantes, certaines originaires d’Amérique centrale, d’autres, migratoires, sont le fruit d’une silencieuse globalisation, parfois par l’intermédiaire de l’Homme, plus souvent par celui des oiseaux, des abeilles, du vent…

Riedel a créé une œuvre-monde, un “paysage réhabilité” et de merveilleuses pharmacopées. Là où l’œil peut lui aussi cultiver, au fond de lui, son âme, sa vie. » — texte de salle, par Christina Chirouze Montenegro, curatrice.