La nature tissée — Marie-Noëlle Fontan · Du 26 mars au 10 mai 2025
« Les pieds de Marie-Noëlle Fontan ont foulé l’herbe du monde : elle a dédié ses jours à sillonner la diversité de la Terre, en contempler les paysages, les observer activement. Les toucher. Choisir avec parsimonie, parmi la profusion de feuilles, de fleurs, de tiges, de bourgeons et de branches qu’ils nous offrent : guidée par les couleurs, les formes, les dialogues. Là où le botaniste verrait un champignon, l’agriculteur un danger pour sa récolte, elle perçoit un dessin abstrait, une palette de couleurs, mais surtout l’expression unique de la vie. Et cette vie, elle la voit avec tendresse, la cueille avec délicatesse.
S’ensuit un processus de préservation : les feuilles sont séchées entre des pages de carnets, les gousses conservées dans des étuis de fortune. Ces objets, coupés de leur ecosystème d’origine, voyagent souvent des milliers de kilomètres, puis sont méticuleusement rangés dans des armoires : cabinets de curiosités personnels, où Marie-Noëlle garde ses trésors.
Un beau jour, ces fragments de nature jadis enracinés, puis globe-trotteurs, revoient la lumière. Et voilà que commence une nouvelle page de leur récit. Disposés dans le métier à tisser de leur exploratrice, ils dialoguent avec un fil de coton ou de lin, s’entretissent avec leurs compagnons de fortune, et font connaissance avec d’autres espèces, tandis que les mains les manipulent doucement, leur offrant un nouveau langage. Ce sont aussi ces branchages, ces feuilles, ces fleurs qui guident l’artiste: de leurs formes, elles font des attaches, de leurs couleurs des attraits. Ainsi, de cette collaboration longue entre la géographie, la végétation, le regard et la main de Marie-Noëlle, naissent de nouveaux paysages. Avec la complicité de leur découvreuse, ces plantes migrantes content l’autrefois et l’ailleurs : Marie-Noëlle entretisse les plantes-soeurs, réunit celles qui viennent d’un même lieu. Elles gardent la mémoire de terres qui ont été, depuis, altérées, déforestées, polluées, ou replantées. Par la beauté, elles véhiculent l’espoir.
En parcourant Feuilles d’herbe, oeuvre maîtresse de Walt Whitman, Marie-Noëlle et moi avons été touchées par ce vers : « tendrement, je vous emploierai, herbe ondoyante» (“tenderly will I use you, curling grass”). Pour moi, il illustre à la perfection l’approche affectueuse de l’artiste envers ses fibres et son travail. Trame de la tisserande, vers du poète : travail au long cours, unique, total, constant et dévoué, flot de mots, Chemin infini, hommage à la Terre. La femme tisseuse éveille les imaginaires : Fontan s’inscrit dans la lignée de Pénélope, qui emploie le tissage au service de sa loyauté; d’Arachné, humaine merveilleusement douée, ancêtre des araignées; ou encore d’Ixchel, déesse Maya de l’art textile, protectrice des plantes médicinales. Mais il s’agit de quelque chose de plus évident, de plus simple, de plus universel ; car Marie-Noëlle et ses jardins tissés chantent, ensemble, une ode au temps lent, au regard éternel sur la beauté du monde, et à la contemplation de la vie. » — texte de salle, par Christina Chirouze Montenegro, curatrice.
Exposition présentée à La Caféothèque Reid Hall (4, rue de Chevreuse, Paris 6e).